Face aux hépatites B et C, la recherche a permis d’importants progrès. Pour faire le point, un premier rapport français de recommandations de “Prise en charge des personnes infectées par les virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C“ vient d’être publié. De la prévention à la recherche, en passant par le traitement et les aspects sanitaires et sociaux, ce travail demandé par la ministre de la Santé invite les autorités à une politique plus ambitieuse contre ce fléau.
Le coût d'une nouvelle bithérapie efficace contre l'hépatite C est d'environ 80 000 euros.
500 pages, 22 thématiques, 180 propositions… Le premier rapport sur la prise en charge des personnes infectées par les virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C est rendu public le 19 mai 2014 à l’occasion de la journée nationale de lutte contre les hépatites virales.Une personne infectée sur deux l’ignoreConsidérées comme une priorité de santé publique depuis des années, l’
hépatite B et l’
hépatite C constituent une épidémie silencieuse qui touche 500 000 personnes en France dont au moins la moitié ignorent qu’elles sont infectées. Outre des complications graves, les hépatites B et C tuent 4 000 personnes chaque année dans notre pays. Un terrible bilan qu’il serait possible d’alléger grâce à une politique plus ambitieuse en matière de vaccination et de traitements, selon un récent rapport.Premières recommandations de prise en charge des hépatites B et CSi des actions importantes des autorités de santé, du monde scientifique et associatif existent depuis des années, les hépatites B et C n’avaient pas fait, jusqu’ici, l’objet de recommandations officielles (comme cela est fait depuis des années sur le
VIH-Sida). C’est désormais chose faite !Un collectif multidisciplinaire d’experts a été chargé d’élaborer ces recommandations, sous la direction du Pr Daniel Dhumeaux , hépatologue au CHU Henri-Mondor à Créteil et sous l’égide de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) et de l’Association Française pour l’étude du foie (AFEF).Pour Marisol Touraine, Ministre des affaires sociales et de la santé, qui a demandé l’élaboration de ce rapport d’expertise, “il s’agit d’une première… qui va nous permettre d’accélérer notre lutte contre les hépatites“.22 thèmes traités, 180 recommandations émisesLe Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, a rappelé les données épidémiologiques des hépatites B et C, responsables d’un grand nombre de
transplantations hépatiques pour
cirrhose, mais aussi de
cancers du foie. Il a aussi évoqué l’existence de populations fragiles ou à risque et les disparités territoriales en matière de prévalence et de prise en charge.Le rapport qui comporte plus de 500 pages, aborde 22 thématiques et émet 180 recommandations. Cet ouvrage collectif aborde donc tous les aspects concernant la prévention et la prise en charge des hépatites B et C. Grosso modo, quatre grands axes se dégagent dans ce rapport : la prévention et le dépistage, le traitement, les publics prioritaires et la recherche.Un dépistage élargi, une vaccination renforcéeEn plus de l’information à destination du public, le dépistage des hépatites B et C et la vaccination contre l’hépatite B constituent les points cruciaux de la prévention. A ce titre, le rôle du médecin généraliste est mis en avant car il est le principal prescripteur en la matière. Pour le dépistage, si la notion de facteurs de risque reste à l’ordre du jour (antécédents de chirurgie ou de transfusion, tatouages, piercing, utilisation de drogues par voie intraveineuse pour toutes les hépatites et partenaires sexuels multiples pour l’hépatite B), le rapport préconise d’élargir le dépistage aux hommes de 18 à 60 ans et aux femmes enceintes dès la première consultation prénatale en couplant l’hépatite B, C et le VIH. En outre, l’utilisation de tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) est recommandée pour faciliter l’accès au dépistage aux personnes qui fréquentent peu ou pas les filières de soins, car les TROD seront réalisés en dehors de ces filières par les associations de patients, à l’instar de ce qui se fait déjà pour le VIH.Quant à la vaccination, si le taux de couverture chez les nourrissons augmente depuis quelques années (il est d’environ 80 %), la vaccination chez l’adolescent et les populations à risque demeure un enjeu important. L’information et la vaccination des personnes à risque à l’occasion d’un contact avec un médecin seront ainsi renforcées.Des traitements plus efficacesL’arrivée de
nouveaux médicaments antiviraux très efficaces permet de guérir environ 90 % des patients atteints d’hépatite C après un traitement de 3 mois en moyenne. En France, ces médicaments sont pour l’instant accessibles uniquement sous forme d’ATU (autorisation temporaire d’utilisation) pour des patients ayant une maladie très évoluée, en attente de greffe de foie ou après transplantation.Ces nouvelles recommandations élargissent l’accès de ces antiviraux aux patients ayant une fibrose hépatique significative ou indépendamment d’une fibrose en cas d’affections extra-hépatiques, chez les patients en attente de transplantation, chez les femmes ayant un désir de grossesse, les usagers de drogues et les détenus. Le coût de ces traitements explique l’accès restreint à ces nouveaux antiviraux : environ 80 000 euros pour une bithérapie de 3 mois. Mais les spécialistes se disent confiants car “à moyen et long terme, les prix diminueront et les indications seront élargies en vue de l’éradication du virus“.Le traitement de l’hépatite B, qui doit être poursuivi indéfiniment fera l’objet de recherches pour mettre au point des schémas encore plus efficaces et mieux tolérés.Mais le Pr Victor de Lédinghen, secrétaire de l’Association française pour l’étude du foie (AFEF) rappelle que “les hépatites B et C conduisent dans de nombreux cas à une cirrhose, à un cancer hépatique ou à une transplantation“. Et d’ajouter que, “chez les patients atteints d’une hépatite B ou C, il est aussi important de prévenir et prendre en charge les facteurs aggravants et en premier lieu l’abus d’alcool“. Parmi les autres facteurs aggravants à prendre en charge, se trouvent le
diabète, les
maladies cardiovasculaires et en particulier
l’hypertension artérielle,
l’hypercholestérolémie, le
surpoids et l’obésité, précise le Pr de Lédinghen.Réduire les inégalitésUn autre volet des recommandations est la réduction des inégalités qui, selon le Pr Pierre Czernichow, Professeur de santé publique au CHU de Rouen, “sont évitables au même titre que les facteurs de risque ou d’aggravation“. En effet, l’utilisation de drogues, l’emprisonnement et la vulnérabilité sociale au sens large peuvent être combattus et prévenus. Ces inégalités sont à l’origine de disparités dans les différents territoires Français. Les experts préconisent de rééquilibrer ces disparités en couvrant les besoins des différentes régions et populations de manière adaptée, au-delà de la simple composante médicale.Pour améliorer la prise en charge, le rapport préconise de disposer de données régionales, actuellement fragmentaires, sur la situation épidémiologique et l’organisation des soins, données régulièrement actualisées. Ce “tableau de bord“ national permettrait alors d’identifier d’éventuelles situations critiques à corriger.Poursuivre les efforts de rechercheEnfin, concernant la recherche, le rapport préconise la poursuite et le renforcement en matière de traitements mais aussi de “la recherche fondamentale et des travaux relevant des sciences humaines et sociales et de l’organisation des soins“. Dr Jesus Cardenas Sources :Conférence de presse du 19 mai 2014“Premières recommandations sur les hépatites virales en France“ – mai 2014 – (
Rapport disponible en ligne).