Alors que les derniers chiffres sur les dégâts liés à l’alcool ont été publiés par les agences sanitaires, l’Académie de médecine interpellent les pouvoirs publics à prendre des mesures plus fortes contre ce fléau.
Le constat est amer : pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la consommation d’alcool ne baisse plus en France : elle est la même en 2017 qu’en 2013 et que 30 000 Français et 11 000 Françaises en meurent chaque année. Pour l’Académie de médecine, “C’est une défaite majeure pour la santé publique car l’alcool en est un déterminant fondamental“.Le bilan de l’alcool ne fait pas de douteL’alcool est :
- La deuxième cause évitable de décès de toutes causes et par cancers ;
- La première cause évitable de mortalité des 15-30 ans ;
- La première cause de retard mental de l’enfant et de démence précoce ;
- La deuxième cause d’hospitalisation médicale ;
- Impliqué dans 40% des violences faites aux femmes et aux enfants et un tiers des décès par accidents de la route.
Malgré ces chiffres, les possibles effets coronariens favorables de l’alcool ont longtemps permis d’instiller le doute sur les ravages de l’alcool. Mais selon l’Académie de médecine, “Ce sera plus difficile après la revue approfondie du Lancet sur les conséquences sanitaires de l’alcool“.Face à ce fléau, Santé Publique France a lancé en mars 2019 une campagne rappelant les nouveaux repères de consommation : maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation. Aujourd’hui, près d’un Français sur 4 de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un de ces trois repères, plus les hommes (1/3) que les femmes (1/7) et 3,5% dépassent même les trois repères.Des mesures efficaces existent, encore faut-il oser les mettre en oeuvrePour les sages de l’Académie de médecine, plusieurs mesures efficaces ont été proposées dont
- Bannir la publicité pour l’alcool suivant les principes initiaux de la loi Evin;
- Des indications claires, lisibles et contrastées sur les contenants :
- de la quantité d’alcool en grammes ;
- du nombre de calories (les boissons alcooliques en sont exemptées alors que l’alcool d’un verre apporte à lui seul environ 70 calories) ;
- que “l’alcool est dangereux pour la santé” (et non le seul excès) ;
- pour dissuader, grâce à un pictogramme, de toute consommation la femme enceinte ou qui désire l’être ;
- Taxer les boissons alcooliques au gramme d’alcool ;
- Établir un prix minimum de vente par gramme d’alcool (comme en Écosse).
La puissance du lobby de l’alcool en FranceMais tout comme le dénonce une tribune publiée aujourd’hui dans le Figaro par le Pr Amine Benyamina, psychiatre et addictologue (Hôpital Paul-Brousse, Villejuif) et président de la Fédération française d’alcoologie ainsi que par le Dr Bernard Basset, spécialiste en santé publique et vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), le lobby de l’alcool est accusé de retarder la mise en place de ces mesures nécessaires. “De plus, que dire de la reconnaissance de la filière viticole comme un acteur crédible de la prévention ? De la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne sans parler d’alcool ni de ses effets ? De l’acharnement à favoriser la consommation de vin des femmes (So Femmes & Vin qui expliquent même la vigne aux enfants) ? D’interventions ministérielles répétées donnant au vin un rôle particulier alors qu’il représente la moitié de l’alcool consommé ? De l’extension du fonds tabac abondé par une taxe sur le tabac à l’ensemble des addictions sans la moindre participation de la filière alcool ? De la proposition parlementaire de rétablir la consommation d’alcool dans les stades ?” s’interrogent l’Académie de médecine.L’opinion publique favorable à des actions courageusesAlors pourquoi ne pas privilégier de vraies mesures de santé publiques ? De peur que les Français ne les comprennent pas ? Non, car plus de 3/4 des Français considèrent que les décideurs sont sous l’influence du lobby alcoolier et que 2/3 considèrent que les producteurs empêchent la mise en œuvre d’une politique de santé efficace. Et nos compatriotes sont très favorables aux actions courageuses (70% pour l’interdiction totale de la publicité, 58% en faveur de la taxation de l’alcool, 81% pour un étiquetage spécifique sur les risques de l’alcool et 90% trouvent insuffisante la prévention du risque alcool chez les jeunes).Aujourd’hui, les analyses sur les méfaits de l’alcool se succèdent mais les mesures efficaces sont quasi-inexistantes, “ni le Plan National de Mobilisation contre les Addictions, ni le Plan National de Santé Publique ne proposent en ce domaine les mesures à la dimension du problème” précise l’AcadémieL’Académie recommande donc de revenir à une politique basée sur les preuves et de mettre en œuvre les mesures qui ont une efficacité démontrée et reconnue.